Séoul

Le dernier jour à la cuisine de Socuri hostel j’ai rencontré un Japonais Kojima, étudiant en philosophie, il m’a parlé de sa passion pour l’écrivain français Michel Houellebecq. Il a tout lu de lui et beaucoup aimé son dernier roman Soumission, chef-d’œuvre, magnum-opus et autres adjectifs latins en bon connaisseur cultivé. Je ne savais pas que Houellebecq est aussi connu au Japon, je pensais sa notoriété limitée à l’occident mais il est aussi connu là-bas que Haruki Murakami en France. Sa contribution pour l’universalisme de la dépression dépasse l’entendement. Le mérite de Houellebecqu en tant qu’écrivain est qu’il a réussi à être méchant sans inimitié. Il lui est permis de pratiquer la méchanceté avec amour. Céline est connu dans le monde entier, pour avoir une comparaison avec Houellebecq il faudrait imaginer Céline en l’absence de l’antisémitisme.

Tout commençait mal à Séoul, mon avion devait arriver à 21h15, mais le retard, la queue à la douane, les bagages, j’ai évité le bus pour prendre un taxi : 8 000 wons. Dans le quartier historique, j’arriva à Socuri hostel 00h15, le check in fermait à 23h mais j’avais prévu en leur écrivant deux jours avant que j’arriverai avant minuit. Ce que je redoutais s’est produit, personne pour m’ouvrir, je sortis pour chercher un hôtel, rien tout est fermé, je revins à Socuri hostel. Il est composé d’une porte principale, une fois passé, à sa droite un garage, devant deux halls et un ascenseur pour accéder aux appartement dont le plus haut est au quatrième. Je m’installai au 2ieme étage de l’escalier prêt à passer la nuit. Une fille monta, me salua, je fis de même, mal à l’aise j’aurais plus supporter le froid et la privation de sommeil que son regard. Une autre fille passa vers 1h45, elle me demanda ce que je faisais, je lui racontais tout. (Est-ce que je me suis déjà endormi, que cette fille création onirique, que tout est illusion) Ce fut une soirée…plutôt un matin bénit par les Dieux car c’était une employée de Socuri, et elle me repêcha des ténèbres de l’escalier. J’ai pu dormir bien au chaud à 2h30. This is the way Socuri Seoul me.

Compagne de communication de la ville de Seoul qui a pour slogan « Seoul You », le nom propre est transformé en verbe qui voudrait (à mon sens) dire découverte, bien-être, culture, aventure, l’ensemble des qualités de la ville concentrées dans le même mot mise en action pour ses habitants et visiteurs. Seoul You c’est tout ce que la ville fait pour vous, sous-entendu du bien. Le slogan à La Havane “LA HABANA, LO MÁS GRANDE” traduction « LA HAVANE, LA PLUS GRANDE », La Havane est dans le patriotisme, Seoul dans l’amitié.

1953, le général MacArthur appelé en Corée pour contrer l’avancée communiste qui a presque pris entièrement le pays, son intervention permit de faire reculer les communistes jusqu’à la frontière chinoise mais les chinois le repoussent jusqu’à la moitié de la Corée. Cette défaite humiliante qu’il le prend comme une rancoeur personnelle va le pousser à une revenche. Alors que le président Truman ne veut aucunement une guerre contre la Chine qui serait une troisième guerre mondiale, le général lui a déjà fait une liste d’une vingtaine de villes chinoises qu’il est envisageable d’utiliser la bombe atomique, et préparer des plans de bataille, mais Truman en apprenant le démis de ses fonctions et signe la paix avec les chinois.

A la même manière de César, MacArthur a triomphé à la seconde guerre mondiale dans le pacifique, ses succès et sa gloire le mettent au-dessus du président, un général vit pour la guerre, c’est la raison pour laquelle on ne doit pas donner les rênes du pays à un général. Il a fallu que les institutions américaines soient solides pour éviter le désordre hiérarchique que MacArthur aurait pu entraîner. C’est ce qu’on voit souvent dans les démocraties d’afrique et de l’amérique du sud où ce genre de situation qu’a connue les États-unis aurait conduit une démocratie fragile à la dictature d’un militaire.

Présence de l’écologie et du développement durable. « Critique de la raison pure » de Kant, l’opposition entre la sensation et l’entendement. Le débat sur le changement climatique en France peut se résumer ainsi ; le réchauffement climatique en été et le refroidissement climatique en hiver.

Grande avenue entre deux buildings, les buildings ne sont pas aussi hauts qu’en Chine et souvent à des hauteurs égales ce qui donne une impression de constance, alors qu’en Chine c’est en dent de cils.

C’est une langue qui s’écrit avec des bijoux fantaisies, bagues, boucle d’oreille, brasselet, collier…

Physiquement le coréen est je crois le plus distinctif des autres asiatiques : le teint plus blanc, pour les hommes les cheveux un peu bouclés, plus grand de taille, le corps et le visage plus charnu conséquence les pommettes peu ou pas saillantes. En faisant abstraction des cheveux noirs et des yeux bridés, un coréen ressemble plus à un européen que tout autre asiatique. La mentalité homogène à l’Asie.

Mode masque chirurgical, au départ un produit d’hygiène, son succès et sa popularité font qu’il est devenu un produit commercial, de mode qui se décline à l’infini. Ces pays adeptes des masques chirurgicaux, il y a une sorte de pouvoir anonyme, le masque c’est personne et tout le monde à la fois. Le masque de anonymous c’est le pouvoir de faire sa propre justice sans avoir à préoccuper des règles et de la justice dans l’Etat où il se trouve parce que son anonymat ne permet pas à la justice de le trouver. Cette impunité étatique lui permet de se faire justice quand il se trouve lésé. C’est le pouvoir de l’anonymat que procure internet et le marché des applications VPN permettant de brouiller, de cacher l’identité de la personne connectée. L’unique but du voleur a caché son identité est l’impunité et l’impunité est proportionnelle à sa capacité à cacher son identité. Ce pouvoir permet autant de faire le bien que le mal. C’est le même pouvoir du Seigneur des anneaux, mais je crois que son auteur professeur de langue à Oxford JR Tolkien s’est inspiré de la République de Platon 5e siècle avant JC qui parlait déjà du mythe de l’anneau de Gyges, où le pouvoir de l’invisibilité permet au porteur de tuer le roi et prendre sa place.

L’occident trouve ce masque ridicule, pas pratique, non fonctionnel. Son équivalent peut être l’écharpe, la capuche du sweat-shirt, couche sociale populaire et estudiantine. En Asie tous le porte, sans distinction d’âge, de sexe, de CSP, même les stars en portent.

La raison pour laquelle les pays développés d’Asie ne sont pas en rupture de masque durant le Covid19 est que comme c’est une mode il y a déjà des usines (toutes les usines textiles pour la consommation mondiale sont sur le même continent, facilement adaptable dans la fabrication de masque, sa proximité fait que la logistique est facilité contrairement à l’occident), pour les mettre au norme sanitaire il suffit de changer le tissu. Des blogueurs et youtubeurs français installés en Asie accusent la France de ne pas porter le masque, mais combien même si les français le voulaient et changeaient d’avis pour en porter tous, c’est l’absence et la carence de masque. La production locale et l’importation sont insuffisantes car la consommation se chiffre en plusieurs millions par semaine rien qu’en comptant les soignants, médecins tous ceux en première ligne. Si un soignant travaillait 10h/j il consommerait 5 masques chirurgicaux (sans norme FFP) car il doit changer de masque tous les 2h. L’anticipation pour organiser la production aurait nécessité plusieurs mois. C’est moins une question de culture qu’une question matérielle.

Selfie d’un vieux au parc, un visage sec comme aigris, arrière plan sur rue piétonne couverte des couleurs d’automne, gauche droite à la recherche d’angle favorable, gauche droite à la dérobée s’il n’y a personne, clic ! Visage stoïque, ses rides déjà mûres enfuies dans ses lèvres couvrent un pudique et microscopique sourire.

Gangnam-ru Office, Bus Terminal Express, 19h30, 2 ou 3 âmes qui traînent sur des avenues deux fois les Champs Élysées, une intersection m’oblige à emprunter le souterrain pour passer à une autre rue. Toute la foule du soir est présente attablée dans les restaurants innombrables, voilà leur vie underground.

A Itaewon, au Baker Coffee une black me sert un menu Hamburger au poulet, je remarque qu’elle parle bien coréen en prenant la commande des locaux. C’est peut-être un préjugé mais je trouve que les noirs qui se sont installés en Corée, au Japon sont à l’opposé de l’image qu’ils ont en Amérique ou en Europe. C’est une minorité qui sont aussi discrets que les chinois en occident.

A peine 17h le soleil rend son dernier souffle, il meurt plus tôt aujourd’hui étouffé par la brume. A 20h Séoul périt comme meurt Paris sous les coups de minuit, presque plus personne dans les rues, les magasins ferment, les gens tous chez eux ou aux restaurants qui eux ferment à 21h, après il n’y a presque rien à faire, alors j’ai toujours l’impression de rentrer trop tôt.

L’aliment national le Kimchi, j’ai lu que les français le compare au fromage mais je constate sur place qu’il est encore plus présent que le pain à table, Kimchi par là Kimchi par ci, des chansons populaires, des parodies, des pubs, des cantines de maternelle, des figurines. Je suis bien obligé d’en mangé quand je vais au restaurant, sa couleur orangé annonce déjà son goût, suivent les picotements, la chaleur, ça commence neutre, puis amer puis âcre puis reste épicé dans la bouche. Ce choux, kawaï ne l’est pas, me déstabilise, je le prends comme un médicament, c’est de l’épinard en plus rustique, difficile de ne pas en prendre, presque inévitable, partout, reconnaissable sous sa forme d’origine, des fois on ne sait même pas qu’on a mangé du Kimchi tellement qu’il est transformé. Peut-être que c’est comme le fromage qu’on n’aime pas au départ et qu’il faut apprendre à aimer. L’habitude dissoudra l’amertume.

L’autre spécialité des restaurants les viandes et légumes crus qu’il faut faire cuire soi-même, c’est une demi-cuisine, tout est découpé présenté sur une planche, il suffit de mettre dans une marmite, une plaque électrique ou à gaz. Ça pourrait être pénible à faire mais vous êtes comme à moitié chef, vous faites de la bonne cuisine sans effort. La principale raison est je crois pour combler l’absence de discussion, une sorte d’ornement, de meublement pour donner l’impression d’être occupée quand la parole est vide. Et même quand il y a des choses à dire, il y a aussi à faire, car le groupe demande toujours des sujets d’occupation, le vide dissout le groupe, sépare le couple, cette cuisine crée des circonstances favorables au rapprochement social. Ce n’est pas de la cuisine c’est du socialisme.

Les couleurs de l’automne, le crépuscule dans sa vitesse de croisière. Température pastellique.

« ETRE » l’enseigne simple et épurée d’une vitrine de vêtements pour femme à Gangnam, elle a tout compris. Le mieux serait « PARAÎTRE », mais il ne faut jamais laisser voir à une femme qu’elle paraît, elle est, car tout ce qu’elle met font ce qu’elle est, c’est sa composition, l’art de créer est de se créer. C’est l’addition de toutes ces futilités qui font la somme d’une unité féminine. La mode joue le rôle d’une actrice muette.

Il y a autant d’universités que de Starbuck à New York, Séoul c’est un programme de diplomification massif.

Visage de femme qui revient souvent, les joues viennent frôler les aillerons du nez, comme si le nez avait un centre de gravité où les joues sont attirées vers lui avec force. Pour un asiatique c’est la hauteur du nez qui fait la beauté, tout le débat est dans cet empire du milieu oval.

Les redingotes très présentes dans des magasins populaires, moyen et haut de gamme, prisées dans les rues, des déclinaisons subtiles, pas de révolution mais modifications dans le détail. Uniforme de l’officier transposée dans le monde civil, son essence orthodoxe assouplie, elle conserve toujours sa prestance, de la grandeur, maturité, les couleurs claires lui font sortir de l’austérité militaire. Comme une cape avec des manches galonnés, tel un officier en civil le lendemain d’un triomphe, c’est le prolongement d’une vanité qu’on souhaite rendre discret tout en conservant l’ombre des marques d’hier.