Cambodge

Temple d’Angkor wat. Les gigantesques racines composent avec les murs des temples en ruines pour former le paysage caractéristique du site archéologique. Échafaudage sur arbre. Taille de Paris intramuros. 2 ananas épluchés 1$, trop de tentation, les vendeuses poursuivent pour vendre, un client passe, la vendeuse insiste pour 2 ananas 1$, le vieux occidental montre son embonpoint, la vendeuse lui montre la sienne « me two babies », le vieux répond « me elephant !», elle s’éclate de rire. Racines tentaculaires. Les touristes disent toujours à voir du champêtre, chercheraient-ils de la vertu. La différence avec les villes avancées c’est qu’elles sont enracinées dans les vices.

Chez les occidentaux la recherche de l’héliotropisme ne doit pas devenir un travail, soleil signifie maintenant libre, s’ils ne trouvaient pas de repos dans le soleil ils retourneront dans le froid. La recherche de l’héliotropisme véhiculée par certains est une raison superficielle, la vérité est toujours le même depuis l’antiquité c’est échapper à la servitude.

De Dondet à Siem Reap, le trajet est programmé de 8 am à 6 pm, ça c’est terminé en véritable calvaire jusqu’à 9:20 pm donc du retard. Les 3h20 de retard n’étaient rien si c’était dans de bonne condition. Le bateau sort de L’île en 15 minutes, petit incident un serpent zigzaguait au-dessus de l’eau et dans ma direction mais changea de direction au dernier moment par des coups de pagaie du conducteur. A la descente 5 minutes de marche au station de bus derrière un ATM mais 1 heure d’attente, environ une demi-heure de trajet nous dépose à la frontière de sortie. Environ une heure de formalité d’attente pour la sortie et l’entrée du Cambodge. Un bus nous transporte à une heure de là, re-une heure et demi d’attente. C’est là que le vrai calvaire commence, vers 15h, 18 personnes entrent dans un vieux van fait pour 12 personnes, ajouté en plus les valises et les backpacks, toutes les fenêtres fermées pour allumer la clim…en phase terminale d’un cancer des poumons, dès l’entrée une chaleur infernale qui va durer pendant 6h, par comparaison une place en charter de la compagnie XXL est un luxe. C’est un sauna dont la vapeur est la somme des sudations et transpirations de tous les passagers. Il est vrai que le corps d’adapte à la chaleur mais aux limites de la sudation pour régler la température à 37°. Peu de gens parle, tous souffre, à la moitié du trajet une femme au fond du van crie « break ! » car si elle n’avait pas demandé le chauffeur allait faire le trajet en une seule traite. Le conducteur dit 15 minutes, 30 minutes plus tard on sent tout le monde rentrer avec défiance dans la marmite, une personne prend l’initiative d’ouvrir la fenêtre, les autres font de même, enfin un courant d’air frais, la clim est bien morte. La fatigue et le sommeil s’empare de tout le monde mais l’inconfort les en empêche, on reste éveillé tel des zombies. Vers 21h15 c’est la libération, on sent la joie de tous, oui comme une nouvelle vie qui commence.

A la campagne dans un village, une femme gueule en direction d’une rue opposée à une famille, l’homme de celle-ci lui répond de même puis va à sa direction et donne une grosse gifle, ce qui n’empêche en rien à la femme de continuer. Je continue sans m’arrêter.

A Battambang revenant le soir à l’hôtel en scooter, un chat au milieu de la route, les yeux et la bouche ouverte plein de sang. Image marquante car en France le chat est un animal domestique qui fait partie de la famille, il m’est jamais arrivé de voir un chat mort en France donc voir le cadavre frais d’un chat c’est comme voir la mort d’une personne. D’ailleurs en France les gens sont plus sensibles d’assister ou de voir la mort de n’importe quel être vivant.

Ici règne une paix sans règle, comment est-ce possible ? Le nombre c’est l’équilibre, comme dit Pythagore c’est l’harmonie du monde.

Séjour à l’association OBT Organisation for Basic Training, une famille à trois guesthouses, plusieurs bengalos, location vélo, proposition de tour et service. Tout fonctionne avec les frères et sœurs. Tout fonctionne par le tourisme, totalement dépendant des touristes majoritairement français et quelques autres occidentaux. Engager un bénévole ou volontaire français est primordial, c’est celui qui aura un contacte privilégié avec le client, puis viendra la notoriété, la popularité, la prospérité. Ce sont toujours les débuts qui sont difficiles, après il y a tellement de bénévoles occidentaux qui veulent venir qu’il faut limiter et refuser pour la bonne organisation et gestion de l’association. La vie des volontaires est ingrate, ils doivent payer pour se loger et nourrir ceux qu’ils aident, sans toucher aucun revenu ni avantage en nature, j’ai pensé à une exploitation de soi-même.

Le problème est que si les volontaires deviennent des bouches à nourrir pour la famille qu’ils aident, au lieu de les sortir de la misère ils l’auraient enfoncé encore un peu plus.

Il y a une évolution, au moyen terme, ils ne paieront que la nourriture, si la confiance est acquise, l’apport du volontaire concluante et qu’il décide de rester plus de six mois, il n’aura rien à payer.

Cela aurait été plus bénéfique à l’association si le volontaire donnait l’argent de ses six mois de volontariat sans venir. Il y a dans le volontariat la recherche d’une reconnaissance et de l’estime des autres et de soi, c’est l’échelle le plus bas de la vanité. Il est difficilement acceptable pour le volontaire de donner gratuitement son argent sans accomplir son travail de bénévolat. Un travail sans pression, sans difficulté, sans dureté, qui ressemble à un tourisme sérieux et sévère.

Je vois de la méfiance dans mes questions et de l’exaspération dans mes contractions, la comparaison à la misère française est malvenue car comme tous les modèles occidentaux sa misère est volontaire, c’est l’effet de son système économico-social, ou plutôt la compétitivité capitaliste pour écarter non pas le compétent mais le moins compétent. En écourtant ses réponses je choisis le lendemain pour partir. Pas loin de l’auberge, en traversant un champs de maïs je crois, une plage comme un fleuve dans le désert serait ce qui me manquerait le plus, grandiose et pourtant personne n’y vient, épargnée de toute civilisation, de l’humanité le soir juste avant le couché du soleil. Le paradis terrestre est peut-être l’absence de l’homme.

Francois qui payait pour travailler comme volontaire bénévole pour l’association OBT est devenue au bout d’un an un indispensable, son statut d’ancien (plus de 6 mois) lui permet de ne pas payer son bénévolat, il est nourrit, logé et blanchit gratuitement. Il a su tisser des relations profondes et s’est rendu indispensable dans le fonctionnement de OBT.

Pourquoi François va rester plus d’un an, c’est long pour un volontariat, son évolution pourrait en expliquer, il payait avant, à présent il ne paie plus, devient manager avec plus de responsabilité, mais surtout il acquiert la confiance de l’OBT et de cette famille, en donnant de sa personne il acquiert la reconnaissance, la gratitude qui n’existe pas en France, du moins dans la cellule familiale car la patrie, l’état ont enlèvé à la famille pour l’intérêt général. Il est un des rares à se faire accepter, adhérer comme un membre à part entière dans ce village dont sa société fonctionne à la manière d’une communauté hermétique, tout ce qui vient de l’extérieur est hostile, pour la communauté l’étranger compromet toujours l’équilibre. Ce n’est pas la xénophobie car il y a besoin du touriste étranger pour vivre et développer, c’est l’hostilité de l’étranger dans l’intégration comme membre de la communauté.

François devient une personne de la famille, il parle de « sa famille adoptive, sa mère adoptive ». La solidarité entre les membres de la famille est plus importante car leur Etat, trop faible, n’a pas encore suffisamment pénétré dans toute la société civile, dans toutes les sphères privées, finalement au sein même de la cellule familiale. Dans ce pays l’hégémonie de l’Etat par rapport à la famille a échoué à la dictature de Pol Pot, à l’heure actuelle les liens familiaux ont encore l’avantage contre ceux de l’Etat. Il faut préciser qu’on est en compagne, l’emprise de l’Etat n’est pas la même qu’en ville.

Les occidentaux sont attirés par la faible présence de l’Etat, que ce soit en bien ou en mal. L’Etat en défendant l’intérêt général réduit la liberté individuelle, comme l’Etat gagne sans cesse de la puissance, la liberté individuelle va toujours en rétrécissant. Dire que le gain de l’intérêt général renforce la liberté individuelle n’est pas tout à fait exacte mais un compromis douloureux imposé à la liberté individuelle. Si l’Etat avançait de deux pas la liberté individuelle soit n’avance qu’un demi-pas soit recule d’un pas.

La mère malade, les enfants cotisent, la retraite, les fêtes, l’enterrement, les jours heureux comme ceux malheureux. Ce serait l’Etat en France, le pouvoir central a le monopole de la vie jusqu’à la mort, il augmente ou réduit le nombre de naissance. Le pouvoir de l’Etat est de droit divin. Pour les rendre toujours plus dépendant à l’état, qui croît ainsi sa puissance, son système de santé en est le modèle, lui seul a le monopole de la guérison. Il serait peut être trop idéaliste, utopique d’imaginer l’Homme bon, l’Etat mauvais.

Au final François aurait gagné une famille. Est-ce que ce sera suffisant pour le faire rester, va-il poser d’autres questions. Rien à gagner matériellement, financièrement, peut-être plus d’estime encore. En occident comme l’état a enlevé l’affection entre les humains, ils ont cherché cette nécessité dans les animaux domestiques, cette substitution est le modèle social de toute société moderne. Dans les sociétés les plus civilisées, tout tend à la subtilité, à la finesse, à l’art, et pourtant ces gens s’abaissent tous les jours au ramassage des crottes canines en échange d’affection. Il est impensable même dans les groupes les plus primitifs de s’abaisser à cet acte honteux. Un paradoxe au travers de la civilisation.

L’affection serait-elle suffisamment résistante pour le retenir, est-ce que l’envi de changement le prendrait par des réflexions d’une projection future.

François dit que dans quelques années le Cambodge va devenir comme la Chine, alors quand ils se seront développés et enrichis, auront-ils encore besoin de lui ? Il retournera en France pour occuper un travail ingrat. C’est pour l’instant les longues soirées à l’apprentissage des mathématiques avec cette orpheline de sept ans, très volontaire, à la maturité précoce. Elle absorbe des connaissances sans ménagement, lampe torche au front, elle cherche de la lumière dans les ténèbres des nuits, ambitieuse et déterminée c’est « docteur !» qu’elle veut être. L’orpheline répond en général qu’elle veut travailler dans le monde médical, pour faire plaisir à son protecteur, pour imiter son sauveur devenu un idole, pour sauver elle-même car elle s’identifie en ses futurs patients. Ceux qui vivent dans la pauvreté ont toujours l’âme pure, l’innocence a un charme irrésistible, et son pouvoir de séduction est décuplé par l’enfance.

Il se plaît dans une pauvreté tranquille et calme. Les petites misères rythment une existence bucolique. Pour un français il y a un besoin d’affection des autres mais il y a aussi une nécessité d’en donner. Si la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde, ils iraient le chercher.

Il dit que la famille qu’il aide est endettée à crédit par ses petits commerces. Mais la possibilité de crédit est la promesse d’une richesse future. Même s’ils sont endettés pour l’instant, ils seront plus riches dans l’avenir par rapport à ceux qui n’ont pas fait de crédit. La mort à crédit est ailleurs. Il aura apporté de l’aisance et du bien-être à la famille mais il aura aussi contribué au développement de l’inégalité, car son engagement favorise une seule famille, même si l’association OBT se défend d’avoir enrichi l’ensemble de la communauté, c’est une qui est plus gagnante que d’autres. L’association en créant une petite richesse générale couvre et se défend de l’envi, de la jalousie d’une multitude. Le développement général se voit sur la popularité et l’appréciation de l’ensemble de la communauté.

En sortant une seule famille de la misère, elle aura involontairement par l’inégalité renforcée une multitude d’autres misères. Le modèle économique dans lequel il se trouve est que la richesse d’un seul se fait au détriment d’une multitude. Mais la réussite de cette famille pourrait être un modèle pour les autres, alors ces autres qui la voient en exemple doivent sublimer la passivité de la jalousie en volonté ambitieuse et vertueuse de l’égaler. Cette famille pourrait être un espoir à leurs yeux, même s’ils vivent dans la misère ils ont à présent un rêve. Peut-être que cela suffit à les rendre heureux.

Misère je crois que ma volonté ne tient qu’à de la caféine. Réduit à si peu.

Le génie de Napoléon c’est d’être un stratège opérationnel, c’est dans l’immédiat qu’il est un artiste de la guerre. Un coup d’œil pour débloquer la situation. Ce n’est pas un politique car il n’a conservé aucune de ses conquêtes.

Il n’y a de saison qu’une variation d’été encore et encore. Sempiternellement. Tout tourne autour du chaud. Alors l’eau est encore plus signe de vie qu’ailleurs, elle est élevée comme la plus grande des divinités. Tempérament toujours le même. Toujours la même garde robe légère. La haute couture ferait faillite car il n’y aurait qu’une seule collection, qu’un défilé par an, le choix serait maigre. Il est toujours possible de creuser la créativité dans l’été mais bien assez tôt on revient sur les mêmes accords. Dans les pays chauds les vêtements sont plus colorés et vifs comme la chaleur du soleil, il y a un peu la fantaisie des caraïbes, la matière et les coupes légères mais contraintes de pudeur.

Très mauvaise image des chinois auprès des occidentaux voyageurs et installés, à leurs yeux les chinois auraient envahis et colonisé softement l’Indochine que les français ont échoué à exploiter. Ce que les français, anglais, américains ont échoué par la force, les chinois ont peut-être réussi par le commerce. Une forme de jalousie, d’orgueil français mis à mal, une vision humainement naïve de la situation.

Historiquement le peuple khmère a immigré depuis la chine, dans les fouilles archéologiques d’Angkor Wat des produits chinois ont été découverts qui attestent des échanges commerciales approfondies entre les deux grands empires. La défiance d’une invasion chinoise comme le modèle des républiques occidentaux n’est pas comparable. Il n’y a pas d’invasion d’immigration massive des peuples pauvres de la Méditerranée. En Asie il y a bien eu l’expansionnisme des japonais, une imitation du modèle occident, un échec.

La Chine qui abuse de l’Asie c’est comme les états-unis sur l’Europe. L’apport de la Chine en Asie est comme l’apport de la Grèce antique sur l’occident actuel.

A Phnom Penh il y a un embouteillage de tous les véhicules à roues. Paralysie à tout heure.

Pas mal de groupe d’israéliens, des restaurants tenus par des israéliens. Même s’ils sont une minorité des occidentaux, en général il n’est pas rare de rencontrer des israéliens en Indochine.

Sihanoukville 2019, les backpackers occidentaux disent fuir de cette ville en pleine construction par des investisseurs chinois dans le tourisme car la ville sera transformé en tourisme balnéaire. Je pense que c’est le contraire c’est la ville qui n’est pas faite pour le tourisme des backpackers, peu d’auberge à dortoir, les prix ne correspondent pas à leur budget, les lieux de divertissement ne leur sont pas destinés tel que les casinos, karaokés, la plage pas encore en état. Les backpackers prennent le bateau pour aller sur des îlots plus abordables.

Révolution culturelle de Pol Pot en vidant Phnom Penh est le même modèle chinois, on peut trouver sa source dans le contrat social de Rousseau, la ruralisation forcée est un échec du combat contre les vices urbains. Cela peut venir d’une bonne intention, il aurait été mieux d’amener les gens de la ville par la persuasion, sur le long terme, où les nécessités vitales engendrées par la ville trouvent des substitues pour se diriger vers une ruralisation réellement vertueuse.

Cette politique de désurbanisation par la force montre que ses dirigeants ne connaissent pas la profondeur humaine, c’est l’application d’une étude superficielle de quelques élites qui ont étudié en France. Il y avait au départ du despotisme éclairé, les obstacles rencontrés dans l’application d’un idéale l’ont tellement frustré que ça a fait perdre toute lumière et s’est jeté dans un despotisme encore plus ténébreux.

L’origine de la guerre civile au Cambodge est d’abord un effet indirect de la guerre au Vietnam, n’ayant pas su protéger ses frontière avec le Vietname, les vietcongs obtiennent l’aide des communistes cambodgiens, les américains en s’apercevant de cette alliance bombardent les points stratégiques des khmères rouges qui sont en majorités disséminés dans les villages. Effets dévastateurs sur les civils, les américains n’ont fait que de renforcer les rangs des khmers rouges car les paysans s’engagent au côté de ceux-ci. Minoritaire devient majoritaire à cause des bombardements américain, plus puissant que le gouvernement en place et le renverse pour mettre en place une dictature.

Méfiance de la population du puissant voisin le Vietname. Une idée revient souvent auprès de la population est que le gouvernement cambodgien est manipulé par celui-ci. C’est aussi la cause de leur pauvreté, gouvernement corrompu, autoritaire. L’intérêt général est pris en otage par quelques intérêts particuliers. Un mécontentement d’une grande partie de la population, mais ne peut devenir une force politique car trop éparpillée, pas d’opposition, contrôle et dispersion d’associations politiques.

Ceux qui habitent sur les montagnes ont pour origine la persécution sur la terre ferme, c’est une cachette, un échappatoire, un exile. Ce sont tous des minorités éthniques persécutées par des plus grands. La montagne forestière est le dernier refuge, en même temps un milieu hostile où les grands éthnies ne s’y installent pas, évitent d’y pénétrer. Romain Gary « la forêt est la mère de la liberté », la montagne est son orphelinat. La déforestation, la destruction des montagnes, l’installation des routes est la perte de l’ultime refuge de la liberté, maintenant l’ultime refuge c’est le bunker c’est-à-dire un lieu clot de tous les côtés par du métal et du béton : une prison pour se sauver.