« L’amour pour la nature est le seul qui ne trompe pas les espérances humaines » Le Médecin de campagne, Honoré de Balzac.
Slow boat sur le Mékong, Billet 210 000 kips pour un aller de Houai Sai à Luang Prabang, 2 jours et 1 nuit passée à Pakbeng, 90% des passagers sont occidentaux et 10% de locaux, bizarre car ces locaux ont l’air comme des étrangers chez eux, c’est comme des parisiens qui emprunteraient un bateau mouche pour se déplacer. Quelques vieux, une majorité jeune backpacker en couple ou solitaire, entre la vingtaine et trente. Une famille espagnole avec trois enfants entre cinq et dix ans. Une centaine de places. Qualité du bateau correcte, les places attribuées sur le ticket, un porteur pour prendre les bagages et ranger à l’arrière, déchausser avant d’entrer sur le bateau, petit bar et restauration à l’arrière. Le bateau part à 11h30, à 11h les deux tiers sont occupés. Ambiance détendu, conversation calme, les fumeurs sortent à l’avant fumer. Le respect de la nicotine, même en pénétrant dans le trou du monde est devenu règle universelle.
Le bateau au complet, c’est l’heure de partir, un français se lève, la cinquantaine, dans un anglais approximatif et accentué pour dénoncer l’insécurité à bord, d’énumérer les manquements aux règles de sécurité élémentaire dont la liste se termine par : absence de bouées et gilets de sauvetage.
Un responsable local a vite résolu le problème : les règles de sécurité ne sont pas les mêmes qu’en France. Désespoir le français s’assoit résigné.
Un quart d’heure après départ, incident moteur, toux tuberculeuse, réparation à la rache, le conducteur plonge carrément dans l’eau du côté des élices à la poupe. Le plongeon prend tous les passagers occidentaux par surprise, il faudrait imaginer un capitaine de bateau mouche à Paris sautant lui-même dans la Seine pour réparer l’hélice défectueuse. Un autre quart d’heure plus tard ça repart. Ici le conducteur est généraliste, il fait tout de A à Z, j’ai vue qu’un conducteur de bateau fabrique lui-même son bateau (avec l’aide d’autres artisans) jusqu’à son utilisation finale, c’est pour ça qu’il est aussi bon réparateur.
Présence humaine plus ou moins importante, au moins d’un des côtés du fleuve.
De temps en temps de la fumée, feu de fertilisation agricole. Très vert les arbres et les herbes folles.
Quelques déchets plastiques flottent à la surface, le vent contraire crée des ondes et s’entrechoquent aux sillages du bateau, sans importance les canettes et bouteilles plastiques exécutent une danse effrénée sur l’eau aussi légère qu’une danseuse étoile.
A l’horizon, deux lignes sur une rangée de poteaux électriques. Une route de chaque côté.
Des rives de sables et de roches, des flancs d’argile oranges naturels et artificiels. Des grands travaux en cours d’un chantier au bord d’une rive, des pelteuses, camions, et autres grands bolides. Des castors géants. Des bœufs, buffles, toujours entrain de se fouetté avec leur queue pour chasser les mouches. un ou deux pêcheurs qui n’attrapent pas grand chose, un terrain de jeux pour des enfants en caleçon ou nu, font des signes et des cries en direction de notre bateau. Occasionnellement un transporteur de marchandise amarré. Derrière moi une personne racle fort la gorge et crache, j’ai l’impression qu’il a craché sur mon dos mais c’était bien dans la mer. Une heure après le départ, vitesse de croisière, quelques va et vient, des photographes, des lecteurs, des dormeurs, des buveurs Beerlao, des écouteurs casque aux oreilles, contemplateurs, rêveurs.
Un sweat contre le vent, le bruit du moteur est assourdissant mais l’habitude anesthésie la douleur des tympans. Le temps est au printemps.
La décrue habille les branches des îlots quantité de déchets plastiques.
Des cannes à pêche plantées entre les roches, sans pêcheur tel une fiction, l’irréel dans tout son surréalisme. Voilà l’œuvre.
Les speedboats comme des motos de mer avec ses passagers en casque de moto.
Dans le bateau durant deux jours, il y a comme la genèse d’une communauté. Ce couple lui la trentaine, elle la vingtaine, se parle toujours les yeux dans les yeux à dix millimètres de distance, leur duvet du bout du nez pourrait se toucher. A cette distance ils peuvent parler dans le language des odeurs. Ma voisine une laotienne m’offre de la nourriture, je décline poliment, j’offre un chewing-gum à sa petite fille.
A Luang Prabang, 1€=9 730 kips laosien.
Motor bike 80k/jour : Boucle Thakhek, boucle Pakse (Boloven)
Thakhek, location moto Wang Wang. Ou Thakhek travel lodge, Mr Ku, 80k/60k par jour, sans passer Booking les auberges sont moins chers 35k.
Aller South bus station : depuis centrale bus station, bus 29, arrêt à la station South bus station, 5 000 kip, tous les 20min.
De Luang Prabang à Thakhek : départ VIP bus 1pm to 6pm, 80k. Durée depuis hostel à la station de bus : 45min. Business : 6am to 5pm. Présent à 11h.
Une allemande d’à peine 18 ans voyage seule et en auto-stop rencontré en faisant la boucle Thakhek. Toujours tendance chez les jeunes allemands depuis le mouvement hippie.
Une Affiche interdiction de donner de l’argent à ceux qui mendient parce que ça augmente la mendicité. Malthusien. Impuissance de l’état à combattre la pauvreté. Ceux qui mendient sont-ils dans une nécessité ou parce que ça facilite leur existence ? Le rôle social du bouddhisme est trop faible pour absorber la création de pauvreté malgré son important présence.
Dans la boucle Thakhek. Scooter semi-automatique loué chez Wang Wang recommandé par tous aussi bien Google que les Blogs, le client sur place. Tout va bien jusqu’au deuxième jour, départ du matin, augmentation de vitesse, passage à la quatrième, je sens quelque chose remuer derrière la selle comme la queue d’un poisson, c’était le pneu arrière exécutant la dernière danse. Difficulté de maintenir l’équilibre à la quatrième, je freine doucement, à l’arrêt je prends confirmation du pneu mort, comme vidé de son sang, il ne reste plus que la peau. Je retourne à la Sabaidie guesthouse car c’est plus cours que ma prochaine destination. Le point positif ? C’est encore une expérience nouvelle à vivre, un obstacle à surmonter en plus.
Paksé. Khaemse Guesthouse 30 à 60k/nuit
Certains disent que Thakhek est mieux.
Je ne sens pas cette boucle Paksé, est-ce une bonne ou mauvaise idée de se joindre dans un groupe de deux filles ? Leur scooter puissant automatique bonne gamme, la lettonienne est jolie mais trop visible, très blonde, mini shirt, débardeur, 1m90, Ray-ban aviator, elle ne va pas passer inaperçue dans la zone de brigandage, dangereuse et déconseillée en ce moment à cause de plusieurs attaques et vols contre ceux qui sont passés.
Les randonnées avec Lyga lettonienne dans des lieux inconnus sont parfois dangereuses, à la recherche des Waterfalls sur Maps.me, il y a toujours chez elle la volonté de contourner le chemin normal par un passage plus court, il y a des fois où on tombe dans des buissons piquantes, arbustes morts impraticables, sa copine l’allemande abandonne à mi-chemin pour rentrer car s’est fait plusieurs fois piqué par des branches épineuses.
Les caractéristiques de la langue laosienne font que les femmes et les enfants parlent comme des petites souris. Ne voyez-vous pas qu’il y a quelque chose que vous ne voyez pas et que vous ne penserez pas à voir en son absence. La pauvreté, la mendicité dans les petits bourg à taille humaine, peu développé, cela n’existe pas. On ne pense jamais à voir la pauvreté mais son apparition n’est jamais une surprise.
La serveuse du slowboat a son bébé dans un landau.
Riz sec dans un petit panier en bambou, se colle entre eux mais pas sur la main, les doigts font une boule à la taille d’une bouchée, comme un sushi sans viande mais ici le riz est plus consistant.
Ville à touristes occidentaux, il y a une envie de ne pas les voir mais quand ils ne sont pas là, dans des petites villes à demie campagnarde, leur absence me manque. Ces femmes mini short serrée, combinaison moulante, débardeur, tatouages, et puis ces hommes un peu fou, décontractés, naïfs, sociables, curieux…plaisant de les voir en groupe ou solitaire à un coin de rue, marchant la tête en l’air perdue dans l’observation d’une chose banale et inconnue. Neohippie.
Vang Vieng. Sol sec, rouge, poussiéreux, un camion passe une tempête de poussière puis le brouillard, la brume, en retombant une partie de ce nuage sale vous recouvre, beaucoup de voitures stationnées sont poussiéreux, les maisons, les mobiliers urbains, les chiens, la nourriture des étalages non protégés, les bêtes de somme, les arbres, toute la ville est couverte par l’activité incessante de la poussière, il y a bien des personnes qui arrosent de temps en temps mais la chaleur tue aussitôt l’humidité. Les gens portent un masque chirurgical, mêmes les occidentaux les imitent.
Touristes des pays riches d’asie et frontaliers, coréens, japonais, chinois, thaïlandais.
Sur la route, des scooters, motos, buggys on se croirait dans Mad Max.
Les sonos rivalisent d’une rue à l’autre comme dans un clip hip hop us, les chairs fraîches, l’alcool, la jeunesse libre d’occidentaux.
En passant 5 jours à Luang Prabang et 4 jours à Vang Vieng, arrivé à Vientiane, en voulant traverser une rue les voitures s’arrêtent, j’ai oublié qu’il y a des feux rouges. Tellement habitué à faire comme les locaux en traversant au milieu de la route que le piéton oublie l’existence même des feux.
Vientiane. Pas de building, petite capitale par comparaison aux autres d’asie. Une volonté d’être sage et calme, peu de divertissement qui attire la jeunesse festive, deux fois plus grande que Vang Vieng mais deux fois moins de touriste étrangers. Ceux qui viennent y restent peu de jour. Deux à trois jours suffisent à tout voir. Densité faible.
Son emplacement frontalier de la Thaïlande est particulier, pas une capitale que je connaisse ne soit aussi près d’un voisin, une bonne entente exceptionnelle entre voisin. La raison historique est que le Laos actuel appartenait au Siam, c’est suite à la décolonisation qu’il devient une entité propre et indépendante. Le protectorat français n’était qu’à demi car au lieu d’être pris et partagé par ses voisins (Siam, cambodge, Vietnam), il est prit par la servitude d’un seul, en gardant son unité, il paie les conditions d’un seul, le protectorat français peut se permettre car il est plus puissant que tous les voisins du Laos.
Étrange que dans Vientiane avec beaucoup plus de réglementation de la route, j’ai vu 2 accidents en deux jours alors qu’à Vang Vieng où règne une ambiance anarchique de la conduite aucun accident en quatre jours. L’anarchie plus sûre ?
Pas de mendicité dans la petite Vang Vieng, arrivé à Vientiane ils sont plus visibles, la taille de la ville est productrice de mendiant, à Bangkok la mendicité est un fléau irrésoluble, sa densité et la croissance démographique croît excessivement par rapport à la croissance économique et développement structurel.
En France le socialisme combat la précarité mais augmente le chômage. Ici la politique sociale est plus tenu par la religion que la politique, d’où l’importance de la religion par rapport en France.
Le pouvoir moral de la religion a beaucoup perdu de son pouvoir politique. C’est à croire si en Asie le pouvoir politique n’a jamais appartenu un jour au religieux. Si le pouvoir est confondu dans le politique et le religieux, c’est par l’initiative et la prééminence du politique. En occident le Pape a été par moment l’empereur des royaumes d’Europe.
La superstition est une petite peur qui n’a que peu d’impact dans la vie courante de la société. La superstition à l’époque de Voltaire et la superstition en Asie du Sud-Est actuellement sont deux choses différentes. C’est le pouvoir politique qui domine la vie quotidienne. Difficile d’imaginer qu’une secte religieuse puisse concurrencer le politique et amener rébellion et révolte. Ce qui s’est passé en Birmanie, la répression des Rohingya par la prêche haineuse des moines, est peut-être une instrumentalisation du religieux par la politique. Les occidentaux qui concentrent leur critique sur les apparentes causes religieuses sont sans doute dans l’erreur. L’affiche « boudhistes contre musulmans » est alléchante, la vraie affiche est sans doute le pouvoir politique birman contre l’immigration massive des bangladais Rohingya. La même chose en Europe est résolu par le soft power, la communication humaniste voilant une politique aussi ferme que la Birmanie. Les guides réussissent et sont écoutés parce que ce sont les oreilles qui sont attentives et les prêches ni mauvaises ni bonnes, les guides ne sont pas charismatiques mais ordinaires, c’est parce que les pensées et jugement de la population s’accordent avec les paroles du guide. Il y a du populisme car les guides ne disent que ce que la population veut entendre. La population est arrêtée par la pudeur que les guides ont levé dans leur passage à l’acte. Hitler n’aurait jamais réussi si une majorité de la population ne s’accordait pas avec lui.
Les dons en nature ou financier une importance quasi vitale pour les moines.
Dans un temple, des arbres de la taille d’un sapin de Noël, on accroche sur les branches des billets de petites valeurs à la place des feuilles. Ce serait complètement contradictoire avec les valeurs du christianisme ou de toute religion car péché de la cupidité. Dans un sens politique et morale, c’est un vice, une dépravation, une corruption de la sphère économique sur la sphère religieuse. Peut-on s’acheter le péché par un don ? Ce ne serait pas le pardon, une erreur comme les leçons de la vie, mais la possibilité de commettre à répétition pour se racheter par une suite de dons. Cela a déjà fait une scission dans le christianisme, entre catholique et protestant : l’achat d’indulgence. Possible conflit d’intérêt de la sphère économique dans le religieux, les valeurs économiques sont incompatibles avec la morale religieuse. S’il n’y a que peu d’impact c’est que l’échelle est encore petite. Mais il faudrait peut-être simplement le comprendre par une offrande et demande de prospérité.
En Asie celui qui se fait pousser la barbe fait partie de quatre catégories sociales : brigand, mendiant, taulard et étranger. C’est en se rasant qu’ils n’entrent pas dans la catégorie des marginaux. Le poil est toujours laid, il n’y a pas de virilité dans la barbe à la différence des occidentaux. La possession d’une voiture est signe de richesse, de respect et d’exemple de réussite pour les autres, objet d’émulation, comme si être envié matériellement n’est en rien négatif, totalement contraire en occident, du moins en France et les pays nordiques socialistes.
Les occidentaux critiquent l’anarchie de la route mais eux-même participent à « l’anarchie » des locaux, traverser les passages piétons en plein feu rouge, en vélo, en scooter, en famille, ils font comme les locaux qu’ils critiquent. Les occidentaux se comportent différemment sur place que quand ils sont dans leur pays. Pourquoi s’adaptent-ils si vite ? Intégration à la vie locale ? Ils trouvent sans doute une forme de liberté dans cette anarchie. En occident les règles, l’ordre, la propagande de la culpabilité ont créé une police dans leur tête qu’ils ne peuvent plus transiger pour leur propre bien et celui de la société. C’est que l’ordre n’est jamais une perte de liberté mais un gain de liberté dans les doctrines d’occident. Pourquoi ne reproduisent-ils pas leur comportement puisque l’importation de leur ordre aurait apporté moins de mort sur la route, parce qu’ils sont en très faible minorité, soumission aux lois locales, il y a un gain non négligeable de liberté individuelle tout en ignorant la perte de l’intérêt général c’est-à-dire les accidents et morts de la circulation car il n’y a pas de chiffres et le gouvernement ne communique pas là-dessus, mais cette perte est compensée par un jugement critique sévère : l’orgueil d’une civilisation meilleure. Bien que les occidentaux s’intègrent avec joie aux nouveaux codes de circulation, ils n’imitent pas les locaux sur les déchets, même s’ils peuvent le faire, la généralité d’entre eux sont propres.
Les gens rencontrées s’attristent car c’est sous développé et parlent toujours du sempiternelle développement, mais c’est sans progrès qu’il a du charme, et qu’ils peuvent se permettre. Sa démarcation et son non développement fait son exception. Dans un développement il n’y a pas le bon ou mauvais, quoi qu’on dise il n’y a qu’un seul développement, oui tous les chemins conduisent à Rome. Balzac : « Les mœurs simples doivent être à peu près semblables dans tous les pays. Le vrai n’a qu’une forme. »
En ouvrant au commerce c’est la voie ouverte à l’inégalité, à la pauvreté, à la servitude, à la superficialité, à l’artifice, tout ce qui est contraire à l’authenticité. En occident la ruralité même est une industrie. En France il n’y a pas de champs mais des figures géométriques. Il faut parcourir l’autre bout de la terre pour trouver un semblant de vie passée, une société où l’Etat n’a pas encore déployé tout son empire. La nature encore préservée du péché originel.
Le Médecin de campagne, Balzac « A la vérité, la vie de la campagne tue beaucoup d’idées, mais elle affaiblit les vices et développe les vertus. En effet, moins il se trouve d’hommes agglomérés sur un point, moins il s’y rencontre de crimes, de délits, de mauvais sentiments. La pureté de l’air entre pour beaucoup dans l’innocence des mœurs. »
Je voyais souvent la même fille d’une auberge poussée des grands souffles d’ennui à la journée, puis un jour elle parla avec un garçon inconnu qu’elle a sans doute croisé sur son chemin. J’avais l’impression qu’elle parlait de tout son saoul et lui d’écouter de tout son saoul par attirance, par aveuglement physique, par besoin d’une présence féminine. Des interminables anecdotes de leur voyage, d’innombrables tromperies sur leur chemin, de la nourriture bonne et mauvaise, de la sociabilité des gens, de l’accueil des locaux, de la nature karstique et autres paysages extraordinaires ou ordinaires.
En scooter sur la route rurale de Vang Vieng, un tuk tuk stationné à la porte d’une maison campagnarde dont le bois n’a pas encore fini de lutter contre le temps, une personne qui semble être le patriarche, la trentaine, peau mate, cheveux hirsutes, fumant une cigarette, le regard vers deux pauvres petits diables qui ont dû roulé par terre et trempé dans la poussière durant son absence. Non loin une silhouette féminine occupée par un travail domestique. Tard vers cinq heure du soir, il semble que c’est le moment de la journée où la famille est réunie de nouveau. Demain il repartira tôt le matin pour tirer quelques dollars ou euros à des pauvres touristes et voyageurs qui ne finiront pas de râler d’avoir trop payé et lui de montrer qu’on ne le paie pas assez.
Un géographe disait que le Laos est un pays montagneux donc peu favorable à l’habitation, ces gens se trompent, l’obstacle des montagnes à l’habitation, à l’urbanisation n’est plus une contrainte sérieuse, c’est comme les places dans le bus, quand il n’y en a plus y’en a encore, il y a toujours possibilité de caser les hommes.
De Vientiane à Thakhek un seul VIP bus à 13h, presque au complet avec trois places vacantes. Partie trois minutes à l’avance à 12h57. A l’avant, regarder la route est un thriller, Fast and furious version bus, toujours du suspense, toujours speed, chaque dépassement est un but, se faire dépasser, accélération ou freinage brusque, sortie de route, beaucoup de secousse à l’intérieur. Des touristes occidentaux sont tellement impressionnés qu’ils prenaient leur smartphone pour filmer. Le tout sur une musique sonore hors sujet : du slow Lao, lente, douce, ronde et chaleureuse.
La route est correcte, asphaltée dont les bords mals finis, deux voies à double sens, séparée au milieu par une ligne discontinue pas toujours nette, il arrive lors d’un dépassement mal calculé que trois voitures se retrouvent sur la même hauteur dont le VIP bus à deux étages. Ça ne se ferait certainement pas si les deux autres voitures étaient du même gabarit. Un sac tombe, une personne remet en place. Une demi-heure passe sans que je m’en rende compte, une vendeuse ambulante monte pour proposer en cinq minutes du riz dans du bambou, elle redescend aussi vite qu’elle est montée, à peine sortie le bus redémarre comme la recharge de carburant d’une formule 1. Parfois une tranche de bitume manque, le passage d’un cochon et autres bêtes de somme, seul moment où le bus prend l’allure escargot.
Rencontre un veau fraîchement mort au milieu de la route, un groupe de quatre buffles dont deux petits traversent la route alors que le bus arrive à vive allure, un des petits chutes, le chauffeur enfonce totalement le frein, tout à l’intérieur du bus se propulse à l’avant par force centrifuge, dans le bus personne ne dit rien, les gens discutent et dorment, c’est la vie normale du bus.
Sorte d’anachronisme dans les villages traversés par la boucle, le temps s’est arrêté au passé avec quelques objets futuristes, des paysans à la vie rudimentaire, des guesthouses plus riches par le revenu des touristes mais le point commun est que la majorité a un smartphone, pas toute la famille en a mais au moins un membre de la famille, presque tous ont le wifi, ceux qui ne se débrouillent pas en anglais utilisent Google traduction.
Boucle Pakse. Visite d’un village animiste, les étapes du malade pour guérir ; médecine naturelle herbale, chaman, vaudoo, gourou, medium, sacréfice. D’abord la médecine rationnelle, expérimentale, empirique. Le surnaturel est appelé quand la science est impuissante. Au fond ce n’est pas si différent de la médecine d’une ville moderne, sauf que la médecine naturelle est beaucoup plus avancée qui donne moins de place à la médecine surnaturelle, même dans le futur le plus avancé la médecine surnaturelle ne sera jamais remplacée entièrement par la science car la science humaine est imparfaite, il y aura toujours de l’inconnu, de la peur, du désespoir pour alimenter le surnaturel.
Une coutume superstitieuse qui veut que si un membre de la famille connaît une mort non naturelle ; toute la famille est touchée par une malédiction et pour s’en libérer, tous les membres de cette famille doivent passer cinq ans dans la forêt pour se défaire de la malédiction. Ainsi le guide montrait une maison fermée car le fils est mort par un accident de la route.
Troisième jour le matin, trois quarts du chemin, pas loin de la zone de danger. Passé la nuit dans l’auberge près des sept cascades. Petite pluie intermittente pour la première fois. La route est bien, j’ai du mal à suivre ces filles en scooter même à 90 km/h, ma semi-automatique tremble à tous les niveaux, j’ai l’impression qu’elle pourrait se détacher ou qu’une pièce se perde dans le vent. J’ai failli ne pas tourner à gauche à temps sur un virage plutôt facile. Les vieux démons de la peur se réveillent. Elles doivent rouler à 100 k/h.
Passage frontière terrestre Laos/Cambodge au sud du Laos. 42$ de visa dont 12$ obligatoire de corruption pour passer sinon pas de tampon. La majorité paie 42$, une minorité 30$ qui connaisse et sait déjouer. Siem Reap ville près du temple d’Angkor. Très confortable hostel avec piscine 5$/nuit, ici le $ américain se mélange avec le Riel cambodgien, chez n’importe quel commerçant on paie en $ et si c’est inférieur à 1$ c’est en Riel. Exemple si le prix est 1,5$, je donne un billet de 5$, on me rends 3$ complété avec du Riel. Les pièces n’existent pas comme au Laos ou Birmanie.